Mouvement Initiative et Liberté
www.lemil.org
Une communication du MIL
LA DROITE SE SOUVIENT DU RPR AVEC NOSTALGIE CAR IL ÉTAIT LE PARTI DE LA VICTOIRE
Télécharger la communication du MIL du 4 février 2026
Transférer ce texte à une personne
Dans son nouveau livre «Le RPR, une certaine idée de la droite». L’historien Pierre Manenti retrace les vingt-cinq ans de vie politique du parti. Entre héritage Gaulliste et tradition plus libérale. Le RPR fut surtout la machine qui permit à Jacques Chirac d’accéder au pouvoir.
LE FIGARO : Pourquoi une partie de la droite Française, notamment chez les Républicains, se revendique-t-elle constamment de l'héritage du gaullisme et du RPR ? Sont-ils nostalgiques ?
PIERRE MANENTI : Cette référence au général de Gaulle et, plus récemment, à Jacques Chirac et au RPR ne tient pas seulement de la nostalgie. C'est une source d'inspiration pour la droite, car ces personnalités et leurs mouvements portent des valeurs cardinales : une certaine idée de la France et de sa place dans les affaires du monde, le souci de réconcilier les Français, la défense des libertés, etc... C'est aussi le symbole d'une droite victorieuse, une droite aux commandes de la transformation du pays. Là où le général de Gaulle tient parfois de la statue du Commandeur, le RPR, lui, incarne, le visage d'une droite plus populaire, à taille humaine, à l'image de Jacques Chirac, bon vivant, dont on garde le souvenir de l'homme politique proche des Français, infatigable et intarissable lors de ses visites des Salons de l’agriculture. Au fond, du général de Gaulle à Jacques Chirac, c'était la droite qui savait rassembler et réconcilier les Français ; c'est à cette source que les Républicains et d'autres veulent boire aujourd'hui.
Quel était l’objectif de Jacques Chirac en créant le RPR ?
Lorsque Jacques Chirac crée le RPR, en 1976, il y a la volonté claire de créer l’alternance au sein de la majorité présidentielle. Les gaullistes ont en effet permis l'élection de Valéry Giscard d'Estaing à l’Élysée, en 1974, mais ils veulent une autre politique, notamment sur les questions économiques et européennes. Le match s'installe dès les élections européennes de 1979, et bien sûr lors de la présidentielle de 1981. Le RPR est évidemment le parti héritier des mouvements gaullistes de la Ve République. Toutefois, à titre personnel, Jacques Chirac a une relation plus ambiguë au gaullisme, car tout en ayant été ministre du général de Gaulle puis de Georges Pompidou, il a sabordé la campagne présidentielle de Jacques Chaban-Delmas en 1974. Cette ambivalence se ressent dans les premières années du RPR, qui réclame sa part de la croix de Lorraine, tout en cachant ses symboles au profit d'une «image de marque» plus libérale dans les années 1980. Le RPR est avant tout la machine de guerre au service de Jacques Chirac dans sa conquête du pouvoir. Il retrouvera son «identité» gaulliste au moment des élections en 1988 et, surtout, en 1995.
Le RPR s'est-il toujours construit à travers le discours gaulliste sur l’Europe des nations?
Là encore, le parti a connu des évolutions au cours de son histoire. En 1979, moment important pour le RPR, le tandem Jacques Chirac-Michel Debré croise le fer avec Valéry Giscard d'Estaing et Simone Veil sur l'Europe. C'est le fameux discours de Cochin, qui accuse l'UDF d'être «le parti de l’étranger». À l’époque, les candidats RPR portent d'ailleurs l'étiquette «Défense des intérêts de la France en Europe (DIFE)», ce qui matérialise bien leur positionnement. Par la suite, le passage de Jacques Chirac à Matignon, en 1986, au moment de l'Acte unique européen, puis son vote personnel mais symbolique, en 1992, en faveur du référendum sur Maastricht, vont causer des remous au sein du parti. La ligne souverainiste, portée par Philippe Séguin et Charles Pasqua, va carrément conduire certains protestataires à défier leur chef en 1992 ; et Charles Pasqua quittera le RPR, en 1999, pour défendre sa vision de la France dans l'Europe aux côtés de Philippe de Villiers et de Marie-France Garaud. Comme je le montre dans mon livre, la question européenne a été une ligne de fracture durable au sein du RPR.
En quoi la réunion avec l'UDF, sous la bannière de l’UMP, en 2002, est-elle considérée par certains comme une «dégaullisation» du parti ?
La fusion du RPR et de l'UDF au sein de l’UMP se fait dans la douleur, contre l'avis de la plupart des cadres du RPR, en profitant du traumatisme créé par la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l'élection présidentielle. Beaucoup y voient une forme de «dégaullisation». C'est notamment le cas de Philippe Seguin - ce sont ses mots ! -, qui estime alors que la fusion ne peut qu'aboutir à l'abandon de la doctrine gaulliste à moyen terme. En voulant unir une droite sociale, populaire et souverainiste, d'une part, et un centre europhile et libéral d'autre part, Jacques Chirac a tenté le pari impossible. Cette fusion s'est faite en cherchant des compromis sur de nombreux sujets, au mépris de cet ADN gaulliste, qui était pourtant si fort au sein du RPR. Cela n'a cependant pas empêché certaines personnalités de défendre l'esprit gaulliste au sein de l’UMP. Qu'on pense à Nicolas Dupont-Aignan, avec son courant puis parti Debout la République, ou à Michèle Alliot-Marie, avec son club Le Chêne.
Le RPR a été «ressuscité» par le RN pour la publication de certaines de ses affiches municipales. Le parti à la flamme est-il vraiment l’héritier d'un parti qui a pourtant longtemps refusé toute alliance avec lui ?
Cette «renaissance» du RPR est le signe que le parti d'iraquien parle encore au Français. Il dit quelque chose de ce que la droite a été et que les fondateurs de ce «RPR bis» veulent incarner. Cette reprise par le RN n'est cependant pas une chose acquise. Renaud Muselier, ancien ministre et président de la région Paca, se bat ainsi très fortement contre ce qu'il considère comme une récupération politique, et il a déposé un recours devant l'Institut national de la propriété intellectuelle (inpi) en septembre dernier, pour contester cette utilisation de la marque RPR. Pour les chiraquiens, il est impensable que le RN, héritier du FN, contre lequel Jacques Chirac s'est si ardemment battu, puisse utiliser le nom et le sigle du parti. Pour les députés RN à l'origine de ce «RPR bis», l'échiquier politique a évolué avec un glissement général des partis vers la gauche. Le RN veut aujourd'hui occuper l'espace qu'occupait autrefois le RPR, celui d'une droite nationale, populaire et souverainiste.
Pierre Manenti est historien et ancien directeur de cabinet ministériel. Il est l’auteur de nombreux
ouvrages remarqués, comme «Les Barons du gaullisme» (Passés composés, 2024).
«Le RPR, une certaine idée de la droite» 416 pages – 24 €.
Repris du Figaro du 14 janvier 2026
RPR : CE FANTÔME QUI HANTE TOUJOURS LA DROITE
L’historien du gaullisme Pierre Manenti raconte l'ascension et le déclin du parti chiraquien, dont l'empreinte continue de marquer l'ensemble des droites françaises.
Un parti que les moins de 25 ans n'ont pas connu. Et pourtant, depuis sa disparition, le RPR (Rassemblement pour la République) continue d'alimenter nostalgies, fantasmes et convoitises : références appuyées d'Eric Zernmour, achat du sigle par le député RN Franck Allisio et défense inflexible de son héritage par le président de la région Paca Renaud Muselier. La marque irrigue toujours les imaginaires d'une partie de la classe politique. Dans «Le RPR, une certaine idée de la droite», Pierre Manenti remonte le fil de cette histoire singulière et tumultueuse. Celle d'un parti né pour un homme et par un homme : Jacques Chirac.
La création du RPR est décrite pour ce qu'elle fut : une opération politique et un acte de conquête personnelle. Après sa démission de Matignon en 1976, Chirac met fin à l'UDR et fonde le RPR. Il s'appuie sur le duo Pierre Juillet et Marie-France Garaud et prend la tête d'un parti taillé à sa mesure. Dès le lendemain, un duel avec l'UDF de Valéry Giscard d'Estaing s'engage. Un premier clivage structurant s'affirme : l'Europe. D'un côté, l'UDF, libérale et fédérale ; de l'autre, le RPR, défenseur d'une Europe des nations, protectrice et souveraine. L'Appel de Cochin cristallise cette opposition, mais le résultat aux européennes de 1979 est sévère et entraîne la fin du tandem Juillet-Garaud.
Chirac Premier ministre
Le paysage politique change radicalement avec l'élection de François Mitterrand. Face à une gauche au pouvoir, gaullistes et centristes comprennent qu'ils sont désormais dans le même bateau : alliance RPR-UDF aux législatives de 1981, succès municipaux de 1983, raz-de-marée aux européennes de 1984 et grande victoire aux législatives de 1986... Une coalition aussi décisive sur le plan électoral que contrastée sur le plan idéologique est née. «Chirac apparaît désormais comme le seul et véritable meneur de l’opposition», note Pierre Manenti. Le maire de Paris devient chef du gouvernement, mais cette première cohabitation est ébranlée par plusieurs crises, dont la mort de Malik Oussekine en décembre 1986. La défaite de 1988 replace la droite et le centre dans l'opposition.
Dans ce contexte, la montée du Front national exacerbe les tensions. Plus de 60 % des sympathisants du RPR veulent une alliance avec le parti de Jean-Marie Le Pen. Comme un air de déjà-vu : 82 % des soutiens de LR souhaitent une union avec le RN aujourd'hui. Face à cet appel du pied de la base, Chirac demeure inflexible. «Il a toujours été d'une rigueur implacable dans ses relations avec le Front national, refusant toute forme d'alliance, ce qui n'a pas été le cas de tous ceux qui l'entouraient», souligne Manenti. À l'intérieur même du parti, la crise progresse : Maastricht déchire, l'immigration divise, l'économie fracture. Le bulldozer RPR vacille, mais le pilote Chirac tient encore le volant et parvient à s’installer à l'Élysée après une campagne chaotique où il est concurrencé par son ami de trente ans, Édouard Balladur.
Le déclin du RPR
Paradoxalement, c'est au moment où Jacques Chirac accède à l'Élysée que le RPR signe le début de sa fin. De 885.000 adhérents revendiqués en 1986, il n'en reste plus que 55.000 en 1998. Sa réélection en 2002 et la création de l'UMP en sonnent définitivement le glas. Deux décennies plus tard, comment ne pas être nostalgique d'une telle aventure ? Le RPR fut un parti de masse, bouillonnant, gaulliste, traversé de courants rivaux, mais tenu par un chef. Sa force fut Chirac... et sa fin également. Reprenant une formule de Charles Péguy, Pierre Manenti conclut «Tout parti vit de sa mystique et meurt de sa politique». Le RPR n'a pas échappé à la règle.
«Le RPR, une certaine idée de la droite» 416 pages – 24 € - Passés composés - 2026.
Repris du Journal du Dimanche du 18 janvier 2026