Mouvement Initiative et Liberté

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Une communication du MIL

JULIEN AUBERT - LA DROITE ET LE SYNDROME D’HIGHLANDER


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Repère : Nous avons pensé qu’en publiant l’éditorial de Julien Aubert, ancien député, président d’Oser la France, vice-président des Républicains et membre du Comité d’Honneur du Mouvement Initiative et Liberté, nous participations au débat qui existe dans la famille Gaulliste sur le trop grand nombre de candidats pour 2027. Il va sans dire que cette famille Gaulliste n’inclut pas tous les anti-Gaullistes, de gauche ou de droite. Il est clair qu’en février 2027, certains candidats devront jeter le gant et soutenir un candidat, s’ils n’arrivent pas à émerger nettement dans les sondages.


« La tension monte. Nous sommes à 5 mois de l’élection et toutes les projections conduisent vers un affrontement Le Pen / Melenchon. Dans ces conditions, fleurissent les appels à une primaire. 

Le mot est impropre. Une primaire, comme l’a dit Édouard Philippe, c’est un mécanisme qui permet de choisir entre des personnes au projet politique relativement proches le meilleur des candidats. 


Or, si on peut raisonnablement adopter ce raisonnement pour le duo Attal -Philippe ou Retailleau -Lisnard, Lisnard - Knafo, il est plus compliqué d’imaginer un grand écart Attal - Lisnard, voire Attal - Knafo .


David Lisnard a du reste vendu la mèche : il est pour une primaire mais il ne soutiendra pas le gagnant s’il s’agissait d’Edouard. 


Dans ces conditions, il s’agirait moins d’une primaire permettant de réunir sur une seule tête des suffrages éparpillés, que d’appliquer le principe du film Highlander : il ne peut en rester qu’un. Ou plutôt, il ne doit en rester qu’un. Pour lui donner une chance d’aller au match final. 


Évidemment, ce raisonnement est perclus de faiblesses. En effet, rien ne dit qu’un électeur Attaliste ne préférerait pas voter Glucksman que Retailleau. Cette « primaire » aurait donc un impact redistributif sur les candidats qui n’y participeraient pas. 


De plus, il repose sur une croyance qui a fait le lit du macronisme : les électeurs du RN sont « perdus pour la cause ». On doit faire sans eux, et même contre eux. Il faut arranger une voie alternative « Tous ensemble contre Marine Le Pen « pour éviter le pire. Et le lendemain ? On gouvernera avec un équipage baroque. 


Car tout ceci fait litière des véritables courants idéologiques qui poussent les candidats. Avec son projet révolutionnaire au plan juridique, Bruno Retailleau assume un choc souverainiste qu’il marie à une refonte de l’Etat et avec des valeurs conservatrices. Plus discret sur le sujet européen, David Lisnard est un libéral de choc qui a un projet cohérent de réduction de l’Etat mais aussi - on l’oublie parfois - de décentralisation maximale avec le transfert du pouvoir réglementaire aux communes. Édouard Philippe partage le même programme libéral économiquement que Lisnard ou Retailleau, une ambition européenne plus ambiguë (il parle d’intégration économique et industrielle) et des accents d’autorité. Gabriel Attal se veut clairement le plus pro-européen et même fédéraliste (des Etats-Unis d’Europe), libéral et progressiste au plan sociétal. 


Si je devais résumer ce « match » en 5 questions, qui vous permettraient de mieux comprendre qui est où, les voici : 


1. L’Etat doit-il être réformé pour être plus efficace ou son rôle doit il être structurellement remis à plat ? 


Lisnard est le plus directement doctrinal sur ce point : il propose de transférer aux collectivités l'essentiel des missions non régaliennes, de développer les recrutements contractuels et de reconsidérer le modèle traditionnel de l'État-providence, et donc de réduire tous azimuts la taille du mastodonte. 


Retailleau veut recentrer et modifier le périmètre de l’Etat, c’est à dire qu’il prévoit un rééquilibrage dans le sens d’une meilleure efficacité. Ainsi, il veut renforcer l’Etat régalien mais en transférant aussi certaines missions au privé. 


Philippe veut surtout améliorer l’efficacité même s’il touche au périmètre. 


Attal privilégie la transformation de l’Etat existant.


2. Le modèle social doit il être réformé ou transformé ? 


David Lisnard est le plus radical puisqu’il reprend l’architecture globale avec une capitalisation obligatoire mais il ne dit pas comment il rééquilibre le système des retraites, ce qui le rend moins précis. 


Retailleau est plus précis. Il tente de sauver le système actuel avec une réforme des retraites indexée sur l’inflation et une capitalisation complémentaire. 


Philippe propose quelque chose de sensiblement proche, avec un âge légal de 65 ans (contre 63 pour Retailleau qui prévoit cependant que le taux plein ne sera possible qu’à 65) et une durée de cotisation. 


Attal ne garde que la durée de cotisation. 


3. Jusqu’où la souveraineté nationale doit être restaurée ? 


Retailleau est le plus radical. Il propose une révision constitutionnelle pour redonner le dernier mot au peuple et écarter certains effets du droit européen, avec donc une ampleur bien plus systémique que sur le seul migratoire. 


Lisnard est légèrement moins disant car il veut réaffirmer la primauté du droit national, notamment en matière migratoire, à l’égard des juges européens. 


Attal est radical mais dans un sens contraire. Il défend une intégration européenne renforcée, pouvant aller jusqu'à des États-Unis d'Europe entre pays volontaires et donc prône l’inverse de Retailleau. 


Philippe privilégie classiquement un renforcement de l'Union européenne, notamment du marché unique, de ses capacités industrielles et de ses marchés de capitaux.


4. Quelle immigration pour la France ? 


Lisnard est celui qui affiche le volume de réduction le plus quantifié (division par huit), Retailleau plaidant pour une réduction drastique mais sans chiffrage. Philippe propose une réduction par 2. Attal exige des quotas comme Retailleau.


Néanmoins, quand on zoome sur le détail, Retailleau est le plus radical. 


Sur le sujet du regroupement familial, Philippe le suspend pour 5 ans tandis que Lisnard et Attal renforcent les conditions d’octroi. Retailleau le réduit fermement. 


Sur le droit du sol, Philippe le supprime à Mayotte, Retailleau partout. Lisnard supprime le caractère automatique. Attal ne dit rien. 


Sur les prestations sociales, Retailleau exige 5 ans de séjour et de travail, Lisnard 5 ans de séjour, Philippe s’aligne sur la moyenne européenne et Attal ne promet rien. 


5. Quelle école pour quel avenir ? 


Les quatre défendent le retour de l'exigence, de l'autorité et des savoirs fondamentaux, mais ils ne proposent pas la même organisation de l'Éducation nationale.


Lisnard est le plus radical car il touche à la structure. Il veut un changement de modèle de gouvernance et de financement, avec le chèque-éducation (mettant en concurrence les établissements scolaires), la liberté de choix public-privé et un recrutement des professeurs par les établissements. Il propose également un corps unique d'enseignants contractuels recrutés sur concours national et un transfert aux communes de l'éveil des enfants de 1 à 6 ans. La question du chèque éducation est centrale car il faut savoir si les établissements pourront choisir aussi leurs élèves, car certains pays comme la Suède ont mal vécu ce dispositif. Les résultats aux tests internationaux ont baissé pendant deux décennies, et le chèque a accru la ségrégation selon la classe sociale et l'origine immigrée.


Retailleau fait un big bang mais à organisation constante. Il souhaite lui aussi supprimer la carte scolaire, mais également mettre fin à la règle dite « 80-20 » encadrant la répartition entre enseignement public et privé sous contrat. Ses 1 000 établissements autonomes pourraient recruter librement leurs enseignants et déroger aux programmes. 


Les deux candidats veulent mettre fin au collège unique. 


Attal met davantage l'accent sur les examens, les groupes de niveau, la réduction des effectifs et la stabilité des politiques scolaires. Une proposition qui le distingue est la fermeture des 100 collèges concentrant les plus grandes difficultés sociales et scolaires, pour répartir leurs élèves dans d'autres établissements et favoriser la mixité.


Philippe veut laisser les chefs d'établissement organiser leurs horaires, adapter les méthodes pédagogiques et fixer les règles de discipline, mais conserver des programmes nationaux communs. Il veut explicitement conserver le collègue unique. 


Comme on le voit, il y a en réalité 4 visions de la société, 4 approches plus ou moins radicales, précises ou créatives. »